Arrêt de grossesse

Je ne sais pas par où commencer ni comment expliquer le drame qui m’est arrivé en décembre dernier, lorsqu’à 9 semaines d’aménorrhée, j’apprenais mon arrêt de grossesse. Quand j’en parle, j’ai toujours le sentiment de ne pas trouver les mots justes pour faire part de ce que j’ai vécu.

Alors je vais faire simple. Je suis tombée sur un mail que j’avais envoyé à l’époque à la famille, quelques jours après les expulsions, soit une petite semaine après l’annonce de mon arrêt de grossesse.

En voici le copier-coller. Il donne une idée de ce que j’ai pu ressentir, même si, je le répète, j’ai toujours l’impression que les mots ne sont pas assez forts de sens pour exprimer ce que j’ai ressenti et ressens encore aujourd’hui.

c’est le coeur arraché que je vous écris. je suis complètement vidée. nous avons vécu un cauchemar.

je suis désolée de « dire » tout cela par mail mais je ne me sens pas encore capable d’en parler tellement la douleur est vive. c’est important aussi pour nous que vous sachiez… pour mieux comprendre.

l’annonce de la terrible nouvelle jeudi dernier alors que je m’apprêtais à faire ma 3ème écho, m’a littéralement effondrée. comme je le disais à XX et à XX (mes beaux-parents), le seul moment où la possibilité d’une fausse-couche ou d’un arrêt de grossesse ne m’avait pas traversé l’esprit, c’était bien à ce moment-là. j’y allais avec tellement de hâte : hâte d’entendre à nouveau son petit coeur battre, mais cette fois, un peu plus rapidement, hâte de découvrir comme il avait grandi… mais il y a eu l’annonce de l’arrêt cardiaque de mon embryon, qui était censé être sur le point de devenir foetus… l’annonce aussi, à ce moment-même, de l’existence d’un 2ème embryon qui n’était pas visible jusque là (une autre fécondation plus tardive d’un autre oeuf, dans un sac différent, sans doute due à la stimulation ovarienne).

comment accepter de ne plus entendre de battements de coeur alors que 2 semaines auparavant, lors de la 2ème écho, je les avais entendus ? j’ai accepté, pas le choix.

alors que j’étais dans l’attente d’un curetage sous anesthésie générale (au moins, je ne verrai ni n’entendrai rien, me disais-je…), le pire est arrivé : dans la nuit de dimanche à lundi, j’ai expulsé mes 2 embryons. je n’ai jamais ressenti une douleur physique (je ne parle même pas de la douleur morale) aussi forte. sans calmant, ni rien, ils sont partis, en 2 fois, l’un après l’autre… ça a commencé à 00h30, puis à nouveau à 06h30. j’ai failli y passer : baisse de tension, nausées, tête qui tourne, baisse de l’audition… je suis passée par toutes les couleurs et cette douleur au bas ventre que je ne saurai décrire tellement elle fut insupportable.

XX (mon homme), à mes côtés, a assisté à ce cauchemar, m’a épaulée comme il le pouvait… complètement impuissant. il n’y avait pas grand chose à faire. il fallait que ça sorte. on aurait dû me prévenir de la douleur. j’en veux à l’équipe médicale de la maternité XX qui aurait dû anticiper sur la possibilité d’une éventuelle « expulsion » naturelle avant curetage programmé (le lendemain des expulsions, soit environ 2h après la dernière expulsion). jamais j’aurais cru ça possible. c’est comme si on m’avait planté le ventre à coups de couteaux.

le lundi matin, on retourne aux urgences gynécologiques pour le curetage et là, à l’écho de contrôle, on me dit que tout a été évacué et que j’avais fait le « travail » toute seule, qu’il n’y a donc plus besoin de curetage, ni de nettoyage.

je me dis que, sans doute, il fallait que je les sente partir… le pire pour moi c’est d’avoir tout vu.

hier, je me suis occupée des démarches (annulation de l’inscription à la maternité, annulation des différents rdv : écho à la mater + rdv avec la sage-femme…). c’est aussi compliqué d’annuler tous ces rdv que de les obtenir. il faut être patient en ligne…

je suis vidée. j’avais, encore hier, l’impression que jamais je ne me remettrai de cette épreuve… mais là, je me dis que c’est possible, qu’il le faudra. je me connais, je suis forte et je n’ai pas le choix que de tourner la page.

XX (mon homme) est là pour me réconforter. je compte énormément sur lui. j’ai beaucoup de chance de l’avoir à mes côtés. j’ai aussi la chance d’être très bien entourée. je sais que je peux compter sur ma famille et mes amis. ma mère, particulièrement, ne m’a pas quittée depuis ce drame.

j’ai refusé l’arrêt de travail qui m’a été proposé. je refuse de m’écrouler car malgré tout, j’ai vécu les 2 plus beaux mois de ma vie lorsque j’étais enceinte. mon ventre s’était même arrondi, déjà !

nous sommes encore pleins d’espoir même si nous comptons bien faire une pause dans ce parcours…

merci à tous pour vos messages, mails, appels. merci aussi de vous être déplacés et d’être venus jusqu’à nous. nous avons besoin de vous pour avancer.

je vous embrasse.

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13 réflexions sur “Arrêt de grossesse

  1. Ma belle j’ai envie de te serrer dans mes bras – pas de mots face à ce que tu décris, ça a dû être terrible.
    Comme aujourd’hui Cami partage une chanson de Lynda Lemay, ça me fait penser à une autre de ses chansons, que tu connais peut-être, et qui justement s’appelle « Pas de mots ».
    Je te fais de grosses bises

    • Il y a bien eu une accroche, mais à l’époque mon amh était de 1.7 -déjà pas terrible du tout- (contre 0.7 aujourd’hui) et mon taux de fsh était à 14.7 (contre 22 aujourd’hui).
      Ma réserve ovarienne s’est donc beaucoup affaissée.
      Par ailleurs, ma gynéco m’a précisé que mes risques de refaire une fausse-couche / un arrêt de grossesse sont très élevés dans le cas où j’aurais la « chance » d’être à nouveau enceinte…
      Bref, c’est pas la joie.
      Merci en tout cas d’espérer pour moi. On n’est pas à l’abri d’un miracle.
      Je croise les doigts pour ta prise de sang à venir.
      Bises.

      • Je ne suis pas d’accord avec ta doc et je ne comprends pas pourquoi elle te mine le moral comme ça. J’espère vraiment que tu vas changer, renconrter quelqu’un de plus positif qu’elle. Tu sais, mon amh était à 0.6 et ma FSH à 22 quand j’ai eu S.
        J’ai vraiment été très touchée par ton billet, c’est tellement dur et triste, j’en ai eu les larmes aux yeux.
        Gros bisous

      • Merci encore une fois pour tes encouragements et ton message d’espoir. C’est un exemple concret, basé sur une réalité et ça me fait un bien fou de lire que c’est possible. Merci ma belle.
        Tous vos témoignages me prouvent une fois de plus que j’ai raison. J’en étais convaincue mais avec la PMA, on est tellement sensible, à cran, fatiguée qu’il arrive parfois de douter, de penser que c’est finalement peut-être le parcours qui est comme ça, semé d’embûches et qu’il faut faire avec…
        Or, mon expérience, mon ressenti et vos témoignages qui s’y rajoutent me confirment que c’est gygyamp qui est en faute. Pour l' »anecdote », c’est mon homme qui, à l’époque, avait dû appeler son secrétariat plusieurs jours après les expulsions naturelles pour demander à ce qu’elle me rappelle pour la suite. C’était silence radio de leur côté alors que j’avais appelé sa secrétaire pour tout lui expliquer… J’y reviendrais lors d’un prochain billet… si j’y arrive. Bref, j’ai réalisé, il y a peu, que c’était une faute professionnelle…

        En tout cas, je pense bien à toi et j’espère lire tes bonnes nouvelles bientôt !

  2. Sacré traumatisme …
    Premier réflexe de sororité : comme Kaymet, envie de serrer dans mes bras, en silence. D’ailleurs, j’ai lu ton message il y a quelques heures … et, maintenant seulement, des mots me viennent !
    En lisant tes autres messages, j’ai cru comprendre que tu étais bien suivie par des pro (psy, acuponcteur); je suppose qu’ils t’accompagnent dans ce processus de deuil, pour penser et panser cet évènement, en intégrer les sens dans ton récit et ton chemin de vie, donner à ces deux embryons/foetus/êtres leur place dans votre roman familial, libérer les engrammes de la matrice utérine, … ; en te lisant, je m’interrogeais sur l’opportunité d’un accompagnement du type ostéopathie intrapelvienne. Tu connais ?
    Si besoin d’en discuter, et d’avoir des adresses sur Paris, tu peux me réécrire en privé.
    Chaleureuses pensées

    • Merci beaucoup, Estelle, et bienvenue ! J’accepte les câlins, d’autant qu’il viennent du cœur ; je le ressens d’ici et ils me font du bien 😉
      Oui, c’est vrai que je suis bien accompagnée, j’en ai besoin et c’est ce qui me permet d’avancer.
      Je vais réfléchir à la « libération des engrammes de la matrice utérine » (on dirait ma psychanalyste ! héhé !).
      Je t’avoue n’avoir jamais songé à l’ostéopathie intrapelvienne. Je ne connais pas en fait mais me permettrai de revenir vers toi si toutefois j’en ressentais un jour le besoin. Merci en tout cas !
      A bientôt.

  3. Je suis tombée par hasard sur ton blog mais ton article m’a beaucoup émue. j’espère très sincérement que tu auras très bientôt une belle nouvelle. J’ai fais une Fc en janvier, grossesse arrêtée à 8SA et pareil que toi découverte à notre 3eme écho.Je voulais absolument un curetage pour ne rien sentir mais les gynécos m’ont convaincu de déclencher l’expulsion avec du cytotec car le curetage peut nuir à la fertilité ce n’est pas dénué de risque. C’est une bonne chose quelque part que ton corps les ai évacué seul. Plein de pensées de réconfort…

    • Bonjour Sophie et bienvenue ici. Je suis désolée pour ta FC. J’espère que tu n’as pas trop souffert… même si je sais combien on souffre dans pareil cas. J’ignorais que le curetage pouvait avoir une incidence sur la fécondité. J’ai eu une opération pour un polype à l’utérus en avril dernier (polypectomie), c’est une forme de curetage finalement… J’espère que ça ne va pas avoir un effet négatif sur ma fertilité, déjà très très mauvaise (amh à 0.7, fsh supérieure à 22). En tout cas, merci pour ton message d’encouragement et bon courage à toi pour la suite. Bises.

  4. Pingback: Entre bienveillance et malveillance à mon/notre égard, j’ai choisi ! | Lutine en PMA

  5. Pingback: 8 décembre 2011 / 8 décembre 2014 | Le blog de Lutine en PMA - VIVE LE DON !

  6. Tu vois cette lettre j’aurai pu moi aussi l’écrire….on se ressemble car on ne baisse jamais les bras malgré cette souffrance physique et morale. J’ai vécu cette meme scene….une boucherie!!!
    Profite du moment present, ne regarde plus derriere toi et surtout pense aux belles choses que tu vas enfin vivre.
    Je t embrasse fort

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