Ma mère

Ma mère est née en 58. Ma mère est jeune. Ma mère est belle. Il n’y a encore pas si longtemps, on l’alpaguait d’un : « Mademoiselle !« .

Ma mère et moi sommes très opposées. Nous n’avons rien en commun, presque rien.

Comment dire… Ma mère vit « à côté » de la vie. Elle n’est pas « dans » la vie. Elle ignore beaucoup de choses tout en croyant savoir, parle beaucoup pour ne rien dire et/ou pour dire des énormités ou des futilités.

Ma mère est dyslexique. Elle ne l’a jamais su.

Ma mère nous a eus très jeune, a avorté plus d’une fois. Elle m’a eue à 18 ans, mon frère à 19 et ma sœur à 23. Les calculs sont simples : à mon âge (quand elle avait 36 ans donc), elle avait déjà une fille majeure (moi !), un fils de 17 ans (de 363 jours plus jeune que moi !) et une fille de 12.

Et moi, contrairement à elle, je suis stérile. Là où ma mère a réussi, j’ai échoué.

J’ai beaucoup d’affection pour ma mère même si, chaque jour, il m’arrive de la détester. Elle est absente, elle n’écoute pas, ne m’écoute pas, ne sait rien de moi, de mes envies, désirs. Nous sommes à la fois très proches et très éloignées. Elle n’a pas les codes pour déchiffrer ce qui est en moi. Pourtant, elle m’aime. Je n’en doute pas, mais à sa façon. Elle s’inquiète pour moi, pour nous et y croît. Elle ne peut s’empêcher de me rappeler que je dois garder espoir.

Si je la laissais faire, ma mère penserait pour moi (je vous parle pas des dégâts si je la laissais faire), agirait pour moi, porterait le poids du monde sur son dos pour moi. Sa seule façon de se sentir exister, c’est de ne pas entendre ce que j’ai à lui dire. Et pourtant, j’en ai des choses à lui dire. Lui dire que quand j’étais enfant, elle m’a parfois malmenée (sans s’en rendre compte, c’est ça le pire…), par des paroles, des mots et même de simples gestes souvent maladroits. Aussi et surtout parce que bien souvent, et encore maintenant, les trois frère et sœurs que nous sommes ne nous sentons pas respectés par certains des choix que nous faisons…

Ma mère ne retient rien. Ma mère est perturbée. Ma mère est mon tourment.

Contrairement à beaucoup de femmes en mal d’enfant, mon envie de devenir à mon tour maman est née, bien sûr avec mon amour pour mon homme, mais aussi avec la réconciliation « symbolique » avec ma maman.

Je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve. J’espère malgré tout, au fond de moi, que le jour où ma mère et moi nous chamaillerons parce qu’elle aura décidé, elle, de ce qui est bon pour notre bébé (parce qu’elle, elle sait !), arrivera un jour.

Ce jour, je saurai lui rappeler clairement que, contrairement à elle :

1/ je sais mieux que quiconque ce qui est bon -ou pas- pour notre enfant,

2/ on ne fait pas un enfant pour ne pas respecter ses choix de vie et/ou imposer ses volontés…

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9 réflexions sur “Ma mère

  1. Pas facile de se construire dans ces conditions… ceci dit, ma mère est très différente (et m’a eue à 37 ans!), mais ça a été finalement difficile pour d’autres raisons. C’est rarement le top je pense. Mais ta mère semble être de ces mères qui ne passent jamais au stade d’adulte, ce qui est souvent très lourd à porter – surtout pour l’aînée, non?
    Mais tu n’as PAS échoué, là où elle aurait réussi. D’abord qu’a-t-elle ‘réussi’? Ce que je conclus de ton billet, c’est que c’est TOI QUI A RÉUSSI à te construire malgré tout. Elle a juste eu la chance d’être enceinte facilement (trop parfois semble-t-il) – c’est une chance, ce n’est pas une réussite.
    Et toi, tu n’es pas au bout de ton histoire.
    Bises ma belle

    • Tu parles de la construction de soi… C’est ça.
      Ma psychanalyse m’aide à avancer, à me construire.
      J’essaie, aussi, de construire avec ce que j’ai, de ne pas reconduire/reproduire ce que j’exècre. Je ne veux pas « hériter » de certaines choses…
      Souvent, je réalise combien je suis « différente ». Les failles de mes parents (et en l’occurrence, de ma mère), font (ont fait) de moi ce que je suis. Sans prétention, aucune, je pense être quelqu’un de « bien »… J’avance, comme je peux. Parfois, j’en souffre, d’autres fois, je n’y pense pas…
      C’est rarement le top, comme tu dis. C’est jamais facile… et un jour, quand nous serons également parents (je nous le souhaite très fort), nous serons aussi, pour nos enfants, des parents avec tout plein de défauts… Il faudra accepter la critique… tout en respectant nos enfants…
      « ta mère semble être de ces mères qui ne passent jamais au stade d’adulte, ce qui est souvent très lourd à porter – surtout pour l’aînée, non? » => tu vois juste. Ma mère, est une pré-ado de 58 ans ! J’en peux plus de tout rectifier/rattraper pour elle. Bien que l’aînée, mon frère et ma sœur en « chient » tout autant avec elle !
      Merci, oui, je ne suis pas au bout de notre histoire et puis je ne suis pas une looseuse, juste différente. Grosses bises.

  2. Eh oh, t’as rien raté. Déjà, comme le dit Kaymet, la fertilité, c’est une question de chance et de toute façon, t’es pas encore au bout du chemin. Ma mère aussi à mon âge avait de grands marmots. En fait, à 34 ans elle venait de se séparer de mon père. ben, oui mais on est pas nos mères. On fait donc notre vie à notre façon.

    • Si un jour je suis mère, même s’il ne faut jamais dire « jamais » et qu’on n’est jamais sûr de rien dans la vie, je ferais tout ce que je peux pour ne pas reconduire les écueils de ma mère comme la maladresse et les mots de trop… Donc je comprends ce que tu veux dire…

  3. Ma mère est pas mal non plus…d’ailleurs j’ai coupé les ponts avec elles. Nocive pour moi. Sur mon blog j’ai consacré un article sur elle….Une chose est sûre si un jour je suis maman je sains qu’elles sont les erreurs à ne pas commettre! Crache lui ce que tu as sur le coeur et tu sentiras plus légère après.
    Bises

    • Le problème avec ma mère, c’est qu’il n’est pas possible de discuter avec elle. Elle n’entend pas ! Elle n’écoute pas et ne se remet jamais en question. Elle est « à côté ».
      Parfois, comme ta mère, elle est « nocive »… Et là, je ne réponds plus au téléphone… Je me préserve.
      Par contre, pendant ma grossesse et mon arrêt de grossesse, elle a été incroyable ! Si présente.
      Peut-être qu’un jour je lui ferais lire mon blog…

  4. Quelques fois on se rend compte que les parents ne répondent pas à nous « attentes ». Ils nous façonnent a leurs images lorsque l’on est enfant, en grandissant on s’en libère, et heureusement.
    Je sais que je ne veux ressembler en rien a mes parents, pourtant enfant j’étais heureuse, ils m’ont « tout » donné, « trop » puisque j’étais complètement « étouffée » par l’amour de ma mère qui ne me laissait pas grandir… Je n’ai plus que mon père pour parent et ce n’est pas l’amour fou. J’ai appris a me passer de certaines personnes soient par la force des choses, ou par choix.
    Je comprends que cela te fasse souffrir, ne pas être « entendue », écouter, juste rassurer, ça fait mal je ressens ça avec mon père.
    Une chose est sure, je ne ferai pas les erreurs de mes parents, mais j’en ferai d’autres, comme nous toutes et tous.
    A bientot

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