Pas comme les autres…

En semaine. En soirée. Pot de fin d’année. Pot organisé par la boîte de mon homme.

On s’y retrouve, après nos boulots respectifs. Contents. On est contents.

Arrivée. Arrivé. Arrivés.

Du monde. Beaucoup de monde.

Des enfants… Beaucoup d’enfants… Presque plus d’enfants que de parents même…

Énorme salle, petits fours, champagne…

Ambiance joviale. Ambiance bon enfant. Des jeux. Du bruit. De l’agitation. De l’animation.

Puis, appel au micro :

« Les parents et les enfants sont priés de se diriger vers la salle du fond ».

Je regarde mon homme. Mon homme me regarde.

Que sommes-nous ? Parents ? Non. Enfants ? Non plus.

Que fait-on ?

Décision prise. Direction « salle du fond ». Malgré tout…

Dans la salle du fond : gigantesque sapin de Noël, Papa Noël, Maman Noël, discours, blablabla… animation…

Cadeaux de Noël… pour les petits…

Les petits… Appelés un par un… Rejoignent, un par un, le Père Noël.

Les cadeaux… Distribués un à un… nominativement.

Enfant gai, enfant apeuré, enfant inquiet, enfant émerveillé, enfant intrigué, enfant à croquer…

A chaque petit, son cadeau.

A chaque cadeau, son petit…

A chaque parent, son petit.

A chaque petit, ses parents…

Des regards échangés.

Des applaudissements pour encourager les uns, des compliments pour encourager les autres.

J’observe tout ce bonheur.

Je retiens mes larmes.

Je suis spectatrice.

Spectatrice de tout ce bonheur.

Le bonheur déborde autour de moi.

Et moi, j’en suis exclue.

Exclue de ce bonheur-là.

Envie de tout bazarder.

Et mon coeur. Et celui de mon homme. Et nos coeurs meurtris.

Seul couple sans enfant.

Les larmes.

Le regard de mon homme.

Gorge nouée.

Ma main, prise par mon homme.

Pièce traversée en deux fois. Tels des voleurs, partis en douce… Pour ne pas se faire remarquer…

Honte, tristesse. Misérable. Me sens si misérable.

Pas capable d’enfanter.

Pièce du fond désertée.

Ouf, un autre couple à l’écart. Petite quarantaine.

Echange sympathique.

Echange interrompu.

Echange court donc.

Bouquet final. 4 enfants à leur actif : 9 ans, 7 ans, 5 ans, 2 ans.

Simplement des parents venus en amoureux ce soir.

Pas un couple infertile. Pas un couple stérile.

Un couple fertile… Comme tous ce soir-là.

On a rejoint nos amis Champagne et Petits Fours. On s’est senti pas comme les autres…

Une fois encore. Une fois de trop.

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49 réflexions sur “Pas comme les autres…

  1. Ton post est triste et résonne si fort en moi; Par rapport aux autres. mais pas seulement. Je n’ose imaginer la même scène, celle où mon homme serait, lui, avec sa fille adoptive. J’ai écrit un post, pas encore publié, un peu dans l’esprit du tien. J’en suis à ne plus avoir envie de voir des « amis » (connaissances) parce que, eux, ils en ont et par peur de me sentir encore et toujours à l’écart, et surtout triste. Le pire c’est que tous ces gens qui vous entouraient hier n’imaginent pas une seconde ce que vous avez ressenti, ce que les infertiles ressentent. Le pire c’est que la société nous fait sentir chaque jour différent, parce que tout tourne autour de ça. Bises, et cela me fait mesurer à quel point la blogosphère est le seul endroit où on (je en tout cas) ne se sent pas si différent et incompris. APo

    • Je sais que tu ne me comprends que trop bien… malheureusement.
      Merci d’être là.
      Je pense souvent à toi, tu sais !
      J’espère tellement pour nous, pour nous toutes, copinautes de galère…

  2. @ Apo : je trouve aussi très douloureux de lire de la pitié dans le regard des autres, dans le regard de celles qui se sentent gênées à notre contact (parce qu’elles s’imaginent notre souffrance) et qui nous le font sentir par maladresse…

    @ Lutine : ton billet me fait mal car je n’imagine que trop ce que vous avez ressenti. J’ai appris hier que la copine de mon frère (plus jeune que moi de 3 ans) était enceinte. Ce fut un coup de poignard dans le coeur. J’ai été tout simplement incapable de me réjouir. J’ai retenu mes larmes tout au long du coup de fil qui m’a semblé interminable. La honte. C’est trop dur tout ça.

    • J’ai la chance d’être particulièrement bien entourée dans ma vie (amicale et familiale), mais c’est sûr que malgré tout, on a besoin de soupape et ce blog est mon exutoire, mon espace de liberté d’expression. Et puis je sais pas, c’est bête mais j’ai envie de laisser une trace de ce vécu… pour me rappeler combien nous l’avons désiré/attendu, notre enfant !
      Merci à toi, merci à vous toutes pour ton/votre soutien !

  3. Oh que c’est dur comme situation. Comment on ressent bien la douleur et la solitude en pleine face… tu le décris si bien, je m’y suis cru avec vous, j’ai souffert avec vous un peu.
    Je la ressens aussi cette solitude, peut-être de plus en plus avec le temps – est-ce pour ça qu’on se retrouve aujourd’hui à des centaines de kilomètres de tous nos amis et de notre famille? Peut-être bien en partie… cette solitude est ainsi plus concrète et plus visible, donc peut-être plus facile à gérer.
    Comme Apo, je ressens de plus en plus la blogo comme un refuge unique.
    Bises à toi, à vous

  4. C’est si triste, si dur ce que tu décris. C’est injuste, bon, ca on le savait. C’est la douloureuse expérience des minorités… C’est la douloureuse expérience de la « différence »… C’est banal ce que je dis, mais c’est à çà que çà me fait aussi penser. C’est la douloureuse expérience du semblant de vie en communauté. La crainte de l’autre par sa non reconnaissance à soi-même, c’est violent, très violent, et malheureusement c’est réel. Ici, c’est ton refuge, et ce refuge là, ils ne le connaissent pas. Je dis tout çà, mais je suis bien consciente que çà n’apporte rien, rien de neuf, rien qu’on ne sache, mais eux ne savent pas ce que çà fait de se sentir rejeter, de se sentir « à côté », car derrière ton billet c’est bien çà que je ressent à travers tes mots. Et putain que c’est douloureux. Et malgré tout, il faut continuer…

    • La douloureuse expérience des minorités… Oui, c’est exactement ça.
      Nous, infertiles, sommes une minorité majoritaire…
      Je t’embrasse et j’espère que tu vas un peu mieux qu’hier (mais j’ai cru voir/lire que oui et c’est tant mieux!).

    • J’ai souvent le coeur serré… Mais étonnamment, à force d’échec, un peu moins qu’avant…
      Lassée, blasée ? Un peu de tout ça, sans doute.
      Merci pour tes doux mots, ma linette.

  5. Ton post m’a beaucoup touchée, c’est tellement triste. c’est pour ne plus me retrouver dans ces situations que je me suis isolée, pour me protéger.. et éviter de prendre le bonheur des autres en pleine tronche. Il n’y a que celles et ceux qui passent par là, qui peuvent vraiment comprendre ce que l’on ressent.

    Comme dit Kaymet « heureusement qu’il y a la blogo »
    (que j’ai découvert, il y a une quinzaine de jours) pour vider son sac. Sinon ça serait insupportable (en tout cas pour moi).

    Garde espoir ma belle..
    Je t’envoie pleins de bisous, de câlins et le maximum d’ondes positives.

    • Je t’avoue que le bonheur des autres me rend plutôt joyeuse et heureuse… mais là, constater que nous étions le seul couple sans enfant, a été dur…
      Merci à toi pour tes mots de réconfort. Bises.

  6. j’ai du mal à lire votre billet qui est tellement chargé de souffrance. J’ai mal pour vous, moi qui ai aussi connu cet état où l’on perd pied entre désespoir rage et douleur, ce tourbillon qui nous emmène au fond, au fond du néant, au fond de nous où l’on est un peu mort, où la vie n’est pas, où le chagrin d’un deuil improbable et ubuesque d’un être non encore existant ou d’un non-être existant nous tapisse les parois ; ces états où l’on voudrait se débrancher un peu pour ne plus avoir à supporter l’insupportable, à surmonter l’insurmontable.
    Prenez soin de vous.
    Et prenez de la distance physique avec ce qui vous lamine, c’est un droit, on n’est pas obligés de suivre les règles de bonne conduite établies pour les gens normaux puisqu’on n’est pas normales (cqfd).

    • J’adore vous lire, Severine !
      J’avance aussi grâce à vos commentaires (que je relis régulièrement, vous savez !).
      Merci d’être là pour moi. Vous décrivez si bien ce que je ressens au plus profond de mon être…
      Bises à vous et à votre fille (qui a bientôt 3 ans là, non ?).

  7. Moi je comprends ton post mais il ne me rend pas triste parce que maintenant je sais la joie immense que tu vas ressentir ! Quand ça t’arrivera, parce que par n’importe quel moyen ça t’arrivera un jour, tellement tu veux cet enfant, je sais maintenant que tu oublieras tous ces moments difficiles ou bien même si on n’oublie pas vraiment tu auras laissé derrière toi ces douleurs. Je prie chaque jour pour que vous mes copinautes vous puissez vivre ce moment avec vos hommes chéris. Je t’embrasse Lutine !

  8. Je comprends ta solitude pour l’avoir ressentie à tous les arbres de Noël, maintenant j’évite carrément d’y aller. Mais il faut se dire que ça peut changer… même si on a du mal à l’imaginer. Biz

    • Oui, tout est possible, loLo, et « rien n’est fini tant qu’on ne l’a pas décidé », comme tu me l’as si bien rappelé il y a peu.
      Bises et j’espère à fond une grande nouvelle très bientôt pour vous !

  9. Un billet si bien écrit, qu’on a l’impression de vous suivre, pas à pas, comme des voleurs, loin de cette « salle du fond »…
    Qu’il est bon, après cela, de se retrouver dans nos petites pièces à nous, nos blogs, pour souffler un peu !! J’espère qu’écrire ta peine t’aura permis de trouver un peu de réconfort.

    • Moi je rêve d’un Noël où on sera tous gaga’ devant nos mioches, des cadeaux à n’en plus finir rien que pour eux… Juste pour dire f*ck à cette infertilité qui nous colle à la peau depuis déjà bien trop longtemps !!! Bises, la Fille (et j’ai jamais aimé le seigneurs des anneaux !).

  10. Tu sais quoi ? Moi j’évite ce genre de soirée ou alors j’y reste 1/2 heure et je me casse.
    Tu m’as foutu la larme à l’oeil….c’est un post bien écrit j’avais l’impression d’être derrière vous…
    J’espère que vous allez mieux.
    Des bisous ma Lulu

    • Ben on n’avait pas prévu ça !!! Le sapin, le père Noël, les enfants, les cadeaux… on ignorait qu’il allait y avoir un florilège de mioches (nouveau boulot de mon homme et 1ère soirée de fin d’année).
      On saura pour l’an prochain (enfin, d’ici-là, j’espère que je serai au moins enceinte, car ça fera alors plus de 4 ans d’essai, glouppppppsssssss !).
      Bises ma hyène et toutes mes pensées et mes ondes positives pour la suite…

  11. Bonjour Lulu. Ton texte est très beau et émouvant.. Tu décris très bien cette exclusion que toutes les Pmettes ont ressentie je pense.. Tu es courageuse Lulu. Ce genre d’épreuve rend plus fort (j’ai envie d’y croire!) et aussi plus humains et empathiques. Et je pense que la personne qui a fait l’appel micro n’en a pas beaucoup elle, de l’empathie.. A bientôt.

    • Merci Palomina, c’est sympa.
      Tu sais, je ne pense pas être courageuse… J’aimerais tellement ne plus avoir ce désir d’enfant qui me colle à la peau, aux tripes, au coeur…
      Pour me sentir plus légère…
      Mais rien à faire…
      Tu disais dans ton dernier mail que tu reviendrais vers moi pour me raconter… Je suis restée sur ma fin !
      A bientôt. Bises.

  12. tu sais, avant je pensais comme toi et c’était très dur, très très dur de voir tous ces parents, ces familles nombreuses, je nous sentais tellement différents. Et au fil des années, j’ai appris peu à peu à m’ouvrir, à aimer ces gens, ces « fertiles »… et j’ai découvert que non, on n’est pas les seuls à souffrir! Une amie à 4 enfants, tous 20 mois d’écart… J’ai appris un jour que cela ne l’avait pas empêché d’avoir fait plusieurs fausses couches, inenvisageables selon moi c’était forcément que des grossesses hyper faciles et trop de bol pour eux. Une autre maman, quatre enfants hyper rapprochés. Sauf que l’aîné était mort de la mort subite du nourrisson. Une autre maman, deux enfants, un an d’écart. Sauf qu’il y avait un aîné, là aussi, décédé à 6 mois par accident. Et d’autres amis ou connaissances que j’ai appris à mieux connaître, qui, s’ils n’ont pas de soucis pour avoir des enfants, souffrent d’autres choses. Ne pas pouvoir passer de noël en famille car trop de tensions. Avoir des enfants malades, très malades. Ou qui font dans leur culotte à 7 ans passé. Qui n’arrivent pas à se faire des amis. En échec scolaire inexpliqué ! Je ne te dis pas ça pour te faire la morale, surtout pas, et encore moins pour te culpabiliser. Tu as, on a le droit de souffrir, atrocement. On a le droit de crier notre incompréhension. Mais au final, on est tous pareil, on ne devrait pas se sentir différents. On est tous très pauvres, on a tous des difficultés, des épreuves, des souffrances profondes et cachées, souvent invisibles pour ceux qui nous croisent dans la rue et nous trouvent certainement très chanceux d’avoir qqchose qu’ils n’ont pas.
    Je t’embrasse

    • Bienvenue Ade.
      J’ai bien conscience de tout cela et surtout de ma chance.
      J’ai une vie pleine et remplie de joies diverses. Nous sommes en bonne santé, jeunes et je vis avec un homme exceptionnel.
      Nous avons la chance d’avoir une famille et des amis ouverts et bienveillants, un chouette boulot, un toit…
      Bref, nous sommes heureux et j’en ai pleinement conscience. Je suis plutôt du genre « reconnaissante à la vie ».
      Seul manque un enfant à notre (déjà grand) bonheur… Et ça, aujourd’hui en tout cas, je ne peux le taire.
      N’hésite pas à en dire plus sur toi, à raconter ton parcours. Avez-vous finalement réussi à devenir parents ? Car ça change tout, les points de vue aussi, une fois qu’on le devient…
      À bientôt.

  13. J’ai la gorge serrée après avoir lu ton message … Je t’envoie juste beaucoup beaucoup de courage pour surmonter les épreuves et connaître ce bonheur que tu attends tellement ;-)))

  14. J’arrive ici par hasard et ton article m’a fait pleurer. J’ai ressenti cette douleur profonde que l’on ressent si souvent. Le vide, l’absence d’eux, le sentiment d’exclusion…. Et les fêtes, c’est terrible pour ça!

    • Alors toi aussi tu es de celles qui souffrent de ce mal-là…
      Bienvenue ici et effectivement, les « fêtes » ne nous aident en rien dans ce domaine, au contraire.
      Bon courage à toi dans ton parcours…

  15. Tu n’es vraiment pas la seule à peser comme cela. Pas capable à infanter ou je me dis maintenant je suis quasiment stérile. Allez cette fiv n’a pas fonctionné mais sur un cycle naturel, on peut penser que des stimulation aide. En te lisant je me suis dit que des ponctions blanches donc sans rencontre des gamète j’en ai aussi eu une et à la FIV d’après nous avions 5 embryons J2 et trois J3 (bon il n’ont rien donné mais avaient apporté de l’espoir)

    • Pourvu que les 300 UI de Gonal que j’ai commencé à m’injecter hier pour la FIV 2 fassent leur effet… J’espère avoir ta chance et obtenir au moins un embryon, c’est tout ce que je souhaite finalement !
      Et j’aime beaucoup ce que tu fais, bravo !

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