Accès à ses origines génétiques et levée de l’anonymat du don : le cas d’Audrey Kermalvezen

Voici (merci Maia !) deux courtes vidéos et un article de presse sur la levée de l’anonymat du don (j’en avais parlé ici) :

  • Le magazine de la santé du 7 mai (ça commence à 15 min. et 45 sec). Durée : 10 min. Ca se passe ici.
  • Le JT du 13h du 7 mai (ça commence à 15 min et 40 sec.). Durée : 4 min. Ca se passe ici.
  • L’article de Libération du 4 mai : à lire ici.

Je précise/rappelle 2/3 choses :

  1. je suis favorable à la levée de l’anonymat (malheureusement, la législation en République Tchèque est la même qu’en France…) et pour la levée du secret (parler du don le plus tôt possible à l’enfant) ;
  2. en cas de don de sperme/don d’ovule, le donneur/la donneuse ne peut être désigné(e) « père »/ »mère » « biologique ». Il s’agit de donneurs de gamètes/cellules ; les parents étant le couple recevant le don. Pas génétiques, certes, mais biologiques ;
  3. l’étude d’Audrey Kermalvezen prouve que la levée de l’anonymat ne fait pas baisser le nombre de donneurs. C’est, semblerait-il, leur statut qui change. Lisez plutôt (merci Bambino !) l’article de Libération du 8 avril traitant du rapport Théry-Leroyer ici.
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29 réflexions sur “Accès à ses origines génétiques et levée de l’anonymat du don : le cas d’Audrey Kermalvezen

    • Chère Artemise,
      En lisant votre page de lien, je suis tombée sur le témoignage d’Anne-Catherine, le premier de la page. Elle dit que « De toutes façons, personne n’est sûr de ses origines, à part d’être l’enfant de sa mère. »
      Il semble que cette personne née par don de sperme ignore l’existence de la procréation par don d’ovocyte ! Par conséquent on est en droit de penser qu’elle donne ici son avis sur un sujet qu’elle ne maitrise pas, et c’est dommage car elle risque d’induire les lecteurs en erreur.

      Vous savez sûrement comme moi que la grossesse influence en partie le développement génétique du fœtus. En ce sens l’enfant conçu par don d’ovocyte peut donc être légitimement considéré l’enfant biologique de la mère; mais en partie seulement, puisque son patrimoine génétique reste hérité de la donneuse. Plus généralement, on peut se demander l’intérêt qu’ont ces personnes de l’association ADEDD à s’organiser contre les revendications d’autres personnes conçues par don, à connaitre l’identité du donneur, dans la mesure où ça ne change rien à la vie de ceux qui ne veulent pas savoir.

      La levée de l’anonymat sera votée tôt où tard, c’est la tendance en occident. Mais elle ne sera jamais rendue obligatoire, c’est à dire que les personnes ne souhaitant pas avoir d’information sur leur donneur n’auront qu’à s’abstenir de réclamer leur dossier, rien ne viendra « perturber » leur vie.

      Quant à l’argument de la pénurie de donneurs en cas de levée de l’anonymat, il est faux, et même mensonger, pour plusieurs raisons:

      1/ selon les CECOS, qui font régulièrement des campagnes pour inciter au don, la pénurie serait déjà une réalité, alors même que l’anonymat est en vigueur. Donc si le nombre de donneurs variait en fonction de l’anonymat, on aurait pu constater une explosion des dons en 2009 après la confirmation de l’anonymat dans la nouvelle loi de bioéthique. Ça n’est pas le cas.

      2/ Contrairement à ce qui est souvent dit, les pays qui ont levé l’anonymat n’ont pas connu de baisse durable des dons (exemple au Royaume-uni où en Suède), mais une modification du profil des donneurs (moins d’étudiants, des donneurs plus ‘réfléchis’).

      3/ Pour ce qui est du sperme: L’agence de la biomédecine qui publie les chiffres relatifs aux dons dans les CECOS, déclare en 2013 posséder (pour l’année 2011) environ 90 000 paillettes de spermes, pour un usage de seulement 10 000 par an (qui correspond à environ 3000 demandes de couples par an). Il n’y a donc pas de pénurie de sperme. Reste à savoir pourquoi le délai d’attente reste si long, et donc, ce que font les chercheurs des CECOS avec leur stock s’ils ne le fournissent pas aux couples en demande (recherche embryonnaire ??). chiffres du tableau AMP59 ici: http://www.agence-biomedecine.fr/annexes/bilan2013/donnees/ldtf-proc.htm

      Alors, qui est-ce que ça dérange, si certains souhaitent accéder à l’identité du donneur lorsque celui-ci en est d’accord ? Dans le débat actuel on a tendance à stigmatiser ceux qui réclament le droit à leurs origines comme des personnes immatures, mal dans leur peau et fragiles. Mais le plus immature entre celui qui réclame un droit fondamental, à l’égal de ses concitoyens nés ‘naturellement’, et celui qui refuse de savoir ce qui le constitue, par peur de l’inconnu est-il bien celui qu’on croit ? les personnes conçues par PMA qui ont foi en leur liens affectifs avec leurs parents n’ont pas peur que l’identification du donneur remette en question où efface les années heureuses de l’enfance qu’ils ont eue. Les heureux parents d’enfants PMA non plus n’ont pas peur lorsqu’ils ont su construire des liens d’attachement, ce qui se vérifie dans la plupart des cas.

  1. merci pour ces infos et de gros bisous en passant Lulu!
    Je ne peux cependant passer sans dire que je m’interroge fortement sur l’un des articles liés à celui auquel tu fais référence sur Libé, tout aussi contestable selon moi, c’est celui là « en finir avec le ni vu ni connu de la PMA ». Je fais un copier-coller du passage qui m’inquiète fortement :
    « Pour reconnaître que l’enfant est issu d’un engendrement avec tiers donneur, les experts recommandent que les parents signent, devant le notaire ou le juge recevant le consentement à la PMA avec don d’engendrement, une «déclaration commune anticipée de filiation», valable pour tous les couples, hétéros ou homos, mariés ou pas. Sans préciser s’il s’agit d’un don de sperme, d’ovocyte ou d’embryon. Cette déclaration commune serait transmise à l’officier d’état civil et portée sur l’acte de naissance de l’enfant, à la rubrique «événements relatifs à la filiation». »

    Nos enfants issus de la PMA et/ou d’un don seraient ainsi donc marqués au fer rouge sur leurs actes de naissance. Ou comment cela regarde-t-il l’Etat, la façon dont nos enfants ont été conçus. Cela en ferait-ils des sous-citoyens, car non conçus « naturellement »? Et qu’est-ce que « naturellement »? Et poussons le ridicule encore plus loin : si l’on note le mode de conception sur l’acte de naissance, doit-on s’attendre à voir apparaître des « missionnaire » ou « levrette »???

    Il me semble, et je pèse mes mots, que cela relève du plus pur fascisme.

    Les origines de l’enfant, c’est le désir de ses parents.

    • chère danslalueurdelavie,
      je tombe tardivement sur votre commentaire, qui m’a interpellée. Je vous voulais vous faire part de mon point de vue sur la situation actuelle au regard de l’anonymat du don, qui est le sujet de ce post de Lulu. Je comprends votre sentiment d’atteinte à la vie privée et d’atteinte à l’histoire des enfants PMA provoqué par cette recommandation d’Irène Théry de « déclarer » la PMA d’un couple à un notaire ou juge. Avoir un enfant est une affaire intime et les difficultés qui peuvent se mettre en travers de ce projet sont autant d’expériences douloureuses qui souffrent mal d’être ainsi soumises à la froide bureaucratie de notre justice française. Toutefois, il y a des éléments à prendre en compte pour comprendre la réalité de la PMA aujourd’hui, que je vais tenter d’aborder ici.

      Vous déplorez le fait de marquer au fer rouge les enfants sur un acte de naissance, mais le fait de donner naissance à un enfant PMA n’est-il pas déjà le marquer au fer rouge par rapport à ceux conçus naturellement ? Cette proposition de déclaration obligatoire, sans doute maladroite, j’en conviens, ne relève-t-elle pas d’une tentative de rétablir un devoir de protection par l’Etat français pour ces enfants PMA ? Ainsi les parents qui choisiraient de taire à leur enfant leur histoire, en dépit des effets délétères bien connus, des secrets de famille sur le développement de l’enfant, ne pourraient plus le faire indéfiniment puisque l’information figurerait sur son livret de famille.
      Vous vous demandez également en quoi le mode de conception regarde l’Etat. Force est de reconnaître que malgré le caractère intime de toute l’aventure PMA, c’est bien l’Etat qui permet de la pratiquer, c’est même lui qui la finance. Sans l’Etat, pas de CECOS. Or, la politique des CECOS (et la loi française) font déjà de ces enfants des sous-citoyens, en les privant de la moitié de leur identité biologique. Je m’explique: s’il est irréfutable que l’enfant se construit dans l’affection et la protection de la cellule familiale que forment ses parents sociaux, il n’en reste pas moins qu’ils est issu d’une tierce personne, avec des antécédents médicaux, et une origine géographique dont il hérite. La poésie de votre phrase sur les origines de l’enfant est un baume au cœur, mais elle n’est malheureusement pas exacte. Un enfant n’apparaît pas du simple fait qu’il est désiré, sinon personne n’aurait besoin de recourir à la PMA. Et ce n’est pas le désir d’enfant qui manque parmi les couples qui en passent par les CECOS…

      Vous avez raison, l’Etat n’a pas à savoir si vous pratiquez le missionnaire ou la levrette, et encore moins vos enfants (du moins je l’espère), car ceci relève effectivement de la sphère intime du couple. Mais solliciter un donneur par le biais des médecins, dans un cadre légal qui choisit jusqu’à présent de priver les enfants à naître d’une partie de leur histoire et de leur droits relève d’une autre démarche qui ne concerne plus seulement le couple. Elle engage la responsabilité de l’État vis à vis de ces personnes conçues artificiellement, et qui n’ont rien demandé, surtout pas à naître et vivre amputés d’une partie de leur histoire.
      Bien à vous toutes,

      • Bonjour miranda,
        Nous pouvons ne pas être d’accord sur la levée de l’anonymat, et cela je le respecte.
        Mais je suis désolée certains de vos arguments n’ont aucun sens et sont injurieux.
        – « il y a des éléments à prendre en compte pour comprendre la réalité de la PMA aujourd’hui » => je ne connais pas votre histoire, apparemment vous ne connaissez pas non plus la mienne. Je ne connais pas la réalité de la PMA aujourd’hui? c’est une blague?

        – « le fait de donner naissance à un enfant PMA n’est-il pas déjà le marquer au fer rouge par rapport à ceux conçus naturellement ? » => eh bien non, je ne le trouve pas. En quoi sa vie serait-elle différente? Je trouve votre phrase extrêmement dangereuse
        – « Force est de reconnaître que malgré le caractère intime de toute l’aventure PMA, c’est bien l’Etat qui permet de la pratiquer, c’est même lui qui la finance. Sans l’Etat, pas de CECOS. » => on est bien d’accord sur ce point, mais en quoi l’Etat devrait être totalitaire dans la connaissance de la conception? En quoi ne pourrait-on pas être reconnaissants à l’Etat de financer nos FIV (dans la limite de 4 quand même, je précise) sans pour autant vouloir qu’il l’inscrive sur nos livrets de famille?
        – « la politique des CECOS (et la loi française) font déjà de ces enfants des sous-citoyens,  » => c’est une phrase abjecte. De quelle histoire les prive-t-on? De quelle famille sont-ils issus? A ces questions, chacun se forge sa propre réponse, mais ce qui est sûr, c’est que sachant ou pas, mes enfants ne seront pas des sous-citoyens.
        Je leur dis qu’ils sont nés d’un don d’ovocytes, je leur raconterai la PMA, les FIV, la souffrance, et puis ce voyage en Grèce. Ils ne seront aucunement amputés de leur histoire. Pour moi, c’est cela leur histoire. Pas celle d’une femme qui a généreusement donné ses cellules afin de me permettre d’être enceinte. C’est la relation humaine qui prime, et qui fait l’histoire, pas l’origine génétique aujourd’hui trop valorisée.
        Parce que je le redis, leur origine, c’est le désir fou et impassible de leur père et de leur mère, et d’autant plus en passant par la PMA. (cela a quoi vous allez me dire »Un enfant n’apparaît pas du simple fait qu’il est désiré »=> ah bon? après 7IAC et 5FIV, je n’étais pas au courant, merci pour l’info)
        Chacun a sa propre vision des choses, sa propre histoire intime.
        Je ne juge personne, et, de la même façon, je refuse que l’on vienne juger mon ressenti et mes choix par des propos si violents, et je refuse qu’on me prenne de haut sur mon histoire et celle de mes enfants
        A bon entendeur

    • Chère Lueur,
      Je ne voulais pas vous heurter avec mes mots. Sans doute l’avez-vous été, comme j’ai pu l’être à lecture de certains des vôtres, qui avaient motivé mon commentaire, mais la vie est trop courte pour s’abstenir de dire ce qu’on pense sur un sujet si important, dans le respect mutuel.

      Je précise plus clairement ici que moi aussi je trouve contestable la proposition de «déclaration commune anticipée de filiation» que vous releviez dans votre commentaire. Bien que cette mesure parte d’une intention louable de la part des rédacteurs, de protéger les enfants, elle met une pression disproportionnée selon moi sur les parents pour les obliger par une loi à parler de la PMA à leurs enfants. Au départ ce ne sont pas les parents qui ont imposé le silence depuis 30 ans. C’est le corps médical, du haut de ses compétences scientifiques, qui conseillait systématiquement de ne jamais rien dire aux enfants (qui continue de le faire parfois aujourd’hui, dans l’intimité des consultations). Avec cette proposition, au lieu de se montrer ferme avec les médecins, l’État se rabattrait (piteusement) sur les parents, qui n’ont pas attendu par ailleurs de telles mesures vexatoires pour tenir un discours honnête et transparent à leurs enfants. Votre témoignage en est une probante illustration.

      En revanche, je ne sais pas si on peut dire que « l’origine génétique est trop valorisée » actuellement, dans la mesure où elle est purement et simplement effacée par l’anonymat. Si votre histoire avec la donneuse s’est arrêtée le jour où vous êtes tombée enceinte, celle de votre enfant avec sa donneuse commence le jour de sa naissance, et se poursuivra jusque dans sa descendance. On pourrait peut-être utiliser un autre qualificatif qu’ « histoire », mais en tout état de cause, il existe une certaine « connexion » avec la donneuse à un moment T. Et ce, avec ou sans secret; avec ou sans anonymat. Cette connexion est appelée à ne devenir qu’un détail parmi les souvenirs des parents, tandis qu’elle perdurera en filigrane chez les enfants PMA toute leur vie, dans la part de risque héréditaire pour leur santé et dans leur apparence physique notamment, au point de refaire surface au moment où eux aussi auront, comme nous, le projet de Transmettre la Vie.
      C’est pourquoi je pense que l’État devrait se mêler de lever l’anonymat pour ceux -et seulement ceux- qui le souhaitent, parce que c’est son domaine (c’est lui qui l’organise), plutôt que de s’immiscer dans les conversations de famille sur la PMA, qui ne le regardent pas.
      Merci de votre attention,

  2. Je n’ai pas le temps, ce soir, de cliquer sur tes liens donc j’espère que je ne serai pas hors sujet…
    J’ai compris qu’il était question d’anonymat des dons… soit que l’enfant/les parents n’aient pas l’identité du/de la donneuse.
    Ayant donné mes ovocytes il y a quelques années, je me permets de donner mon avis:
    Sans aucun doute, si la France n’imposait pas cet anonymat, je n’aurais pas fait don de ces cellules.
    Tout simplement parce que justement je donnais des cellules et pas une vie/une identité.
    Si un/une inconnue devait se radiner à ma porte dans 15 ans, ça me ferait vraiment ch*er.
    Promis, demain je visonnerai tes liens.

    • Chère la Chouette,
      Attention à ne pas désinformer ceux qui vous lisent ! La loi française garantit qu’ il ne peut être établi AUCUNE filiation entre donneur(se) et personne issue de ce don. Pas de pension alimentaire pour l’un, ni de frais de maison de retraite pour l’autre (si jamais vous vous retrouvez seule et démunie en fin de vie -ce que je ne vous souhaite pas)
      voir ici ou dessous, le passage recopié:
      http://contrat-de-mariage.comprendrechoisir.com/comprendre/procreation-medicalement-assistee

      Il est bien précisé que: « L’enfant né par PMA bénéficie des mêmes règles d’établissement de la filiation que l’enfant né naturellement :
      – Désignation de la mère dans l’acte de naissance.
      – Reconnaissance de paternité :
      si le couple est marié, l’époux est présumé être le père et il est donc désigné comme tel dans l’acte de naissance ;
      dans le cadre d’un couple pacsé ou en union libre, le père doit reconnaître l’enfant en faisant une déclaration à l’état civil.Mais contrairement au lien de filiation établi suite à une procréation naturelle, le lien de filiation établi suite à une procréation médicalement assistée est incontestable : le consentement donné à la PMA interdit toute action en contestation de filiation. »

      Tout ceci ne retire rien à la générosité de votre geste. Mais dire que vous ne donnez pas la vie en donnant vos cellules ?! Allons ! sachons regarder les choses telles qu’elles sont: Il y a dans la nature des individus qui ont hérité de certaines de vos caractéristiques génétiques. Ils fréquentent peut-être les mêmes lieux que vos propres enfants. S’ils savaient qu’ils sont tous demi-frères et sœurs, vos enfants sauraient avec qui il vaut mieux éviter de flirter, voire de se marier… vouloir le maintient de l’anonymat, ce n’est pas vous protéger vous d’une hypothétique « radinerie » qui de toute façon est rendue impossible par la loi, c’est mettre en danger vos propres enfants (ainsi que les enfants PMA) devant le risque d’inceste. Si tout le monde ensemble, notamment les parents, dénonce publiquement d’une seule voix ce risque incestueux immonde qui pèse sur nos petits et leur descendance, ça ne pourra pas perdurer.
      Merci d’avoir tout lu

  3. Toujours favorable à la levée du secret (ce sont des révélations tardives qui, semble-t-il, créent de la souffrance chez les enfants), mais pas convaincue par la levée de l’anonymat à la lecture de ces articles… Je ne comprends pas quand Libération écrit : « la recherche des origines n’est pas une recherche de filiation ». Il me semble bien naïf de dissocier ainsi origine et filiation. Celui qui veut connaître ses origines génétiques n’est-il pas à la recherche d’un autre ancrage symbolique ? Ce qu’il veut, ce n’est pas l’accès à un caryotype mais à une personne humaine et à son histoire, non ?
    Quant à la « déclaration commune anticipée de filiation » : quelle idée terrifiante. L’enfer est pavé de bonnes intentions.

    • La levée de l’anonymat permettrait l’accès au dossier médical, de connaître d’éventuels antécédents médicaux en cas de nécessité…
      Je crois qu’on est toutes d’accord ici pour dire que l’origine et la filiation sont les parents (biologiques pour moi -j’assume ce terme- !) et que les donneurs, sont les donneurs de gènes, de cellules.
      La déclaration commune d’anticipation de filiation, quant à elle, des fois je me dis qu’il vaut mieux être sourd/aveugle que d’entendre/de lire des choses pareilles… Quoique… Sordide.

      • L’accès à des informations médicales (qui suppose de bafouer le droit au secret médical) ne me semble pas la raison pour laquelle ces enfants issus de don veulent connaître une partie de leurs origines génétiques… Ce qu’ils veulent, ce n’est pas l’accès à un dossier mais à une identité civile (cf l’expression « levée de l’anonymat ») pour satisfaire une quête des origines – et donc de filiation imaginaire – qu’il leur est impossible d’accomplir et qui les fait souffrir. C’est en tout cas ce qu’indique l’histoire d’Audrey racontée en lien…

    • Chère Marredattendre,
      vous dites « Celui qui veut connaître ses origines génétiques n’est-il pas à la recherche d’un autre ancrage symbolique ? » Le lien entre le donneur et la personne issue de ce don est tout sauf symbolique. Lorsque les médecins vous demandent quels sont vos antécédents familiaux pour savoir si vous risquez une maladie héréditaire, ou des complications avec tel médicament, ils ne sont pas dans le symbolique: ils doivent savoir pour poser le bon diagnostic.C’est du concret. Si on doit parler d’un ancrage symbolique, ce serait plutôt du coté du parent ‘adoptant’.
      D’ailleurs, si l’éducation des parents légitimes et légaux est le lien qui prime sur tout le reste, de quoi avons-nous peur en refusant l’accès des personnes conçues par PMA à leur propre histoire ? Il n’y a rien à craindre puisqu’ils ont déjà un père et une mère qu’ils ne vont pas remplacer à 18 ans révolus ! Ils veulent seulement récupérer une info qui leur appartient, et qu’on leur a confisqué dès le départ: quelles sont leurs origines. En cela ils ne font que prouver à quel point ils sont normaux: tout le monde s’intéresse un jour où l’autre à sa généalogie. Pour pouvoir choisir où on va, il faut savoir d’où l’on vient. Avec l’anonymat de la PMA, on se croirait revenus à l’époque où l’on faisait croire aux enfants qu’ils avaient été trouvés dans les roses et dans les choux. Cessons de les prendre pour des idiots, respectons-les, aimons-les et respectons leur histoire qui est le prolongement de la nôtre, avec ses douleurs et ses joies.

      • Vous confondez deux choses :
        – l’ordre génétique, qui suppose l’accès au dossier médical (à l’ instant T du don ou tout au long de la vie ?) du tiers donneur : c’est l’argument du « et si votre enfant a une maladie, vous ne serez pas capable de donner une partie de ses antécédents familiaux ». Cet argument me semble fallacieux car si les chercheurs en médecine peuvent s’intéresser à l’hérédité, ce n’est pas cela qui en dernière instance permet à un généraliste ou un spécialiste de poser un diagnostic (mais des tests et des examens qui sont eux moins dépendants de la mémoire familiale). Cet argument n’est à mes yeux pas très sérieux et témoigne d’une angoisse de l’hérédité qui nous ramène au XIXe siècle.
        – l’ordre symbolique: toute filiation est symbolique, que l’enfant soit conçu ou non par le biais d’un don. Les apports de la psychologie ont montré que les parents d’un enfant sont ceux qui le bercent, le veillent, l’aident à grandir, lui apportent de l’affection. Et ce rôle peut être joué par différentes figures (deux femmes, deux hommes, d’une seule ou de plusieurs générations). Le symbolique s’élabore au contact de l’histoire vécue avec telle ou telle personne. Or entre le tiers donneur et l’enfant il n’y a pas d’histoire, que vous le vouliez ou non, à moins que vous pensiez que l’histoire se transmet mystérieusement par la voie génétique. C’est pour cela que je pense que la levée de l’anonymat a peu à voir avec la nécessité de connaître des origines génétiques, mais plutôt avec le désir de se construire une deuxième ancrage symbolique (mais bien fragile car il n’y aura jamais eu d’histoire entre l’enfant et son tiers donneur – seulement la découverte tardive par un adulte d’un visage, voire d’une trajectoire de vie si le jeune adulte partage une langue commune avec le tiers donneur – or rien n’est moins sûr).

        L’image des choux et des roses est bien mal choisie : dans mon parcours je n’ai rencontré personne qui ait l’intention de dissimuler aux enfants l’histoire de leur conception.

        Il ne s’agit pas en tout état de cause de « prendre son enfant pour un idiot » (on peut vous opposer que vous présumez que l’enfant vivra nécessairement mal son histoire et qu’un véritable crime est exercé à son encontre dans le maintien de l’anonymat, ce qui paraît sinon délirant du moins très excessif et ne ressortit pas d’une loi générale mais bien de l’histoire personnelle de chacun) mais de l’aider à grandir sereinement : en cela comme en diverses choses concernant l’éducation, les opinions éclairées divergent.

    • Chère marredattendre,

      Tout à fait d’accord, la construction des liens familiaux « s’élabore au contact de l’histoire vécue avec telle ou telle personne », comme vous le rappelez. L’absence de contact avec le donneur dans l’enfance des PMA annule tout simplement la possibilité d’une construction symbolique. A l’âge adulte, il n’est plus l’heure (et physiquement absurde) aux yeux de ces personnes PMA de chercher « ceux qui le bercent, le veillent, l’aident à grandir, lui apportent de l’affection », cela va sans dire. C’est le concret des origines qui les motive: géographiques et médicales, donc forcément généalogiques et génétiques. Ceux qui s’expriment publiquement sont de notre génération, en âge de procréer. Comme les couples passés par la PMA, ils savent faire la distinction intellectuelle que vous soulignez entre symbolique et génétique.

      Cette distinction ne va pas forcément de soi pour le non-initié, et vous reconnaissez vous-même qu’il peut être difficile voire « purement et simplement inhumain » de devoir faire « le deuil de la transmission de votre hérédité » (descendante) pour les couples infertiles, dans votre billet
      http://marredattendre.overblog.com/2014/06/reflexions-autour-du-don-d-ovocyte.html

      Or, dans le même temps vous semblez disqualifier la souffrance qu’expriment les personnes PMA vis à vis de la moitié de leur hérédité (ascendante et descendante). Cela m’étonne.

      Pourtant, si les premiers affrontent un accident de la nature, les seconds subissent une décision d’État. Je pense qu’aucune d’entre nous n’est prête à dire que si nous avions le choix de procréer naturellement, nous choisirions malgré tout la PMA. La nature est ce qu’elle est et nous n’y pouvons rien, mais que dirions nous si la PMA était imposée à certains couples par le gouvernement ? Profondément injuste. Il y a pourtant bien une injustice institutionnelle faite à nos enfants.

      Sur les risques médicaux: si l’ordre génétique était aussi peu important que vous l’annoncez, on peut se demander pour quelles raisons les médecins pratiquent à ce jour une sélection plus que drastique des donneurs en fonction de leurs antécédents familiaux -y compris pour les donneuses d’ovocytes dont il y a pourtant pénurie. A ce titre, le témoignage de La Chouette sur cette page est révélateur:
      La Chouette
      Mardi 13 mai 2014 à 11:42

      « (…) il faut rappeler que les antécédents médicaux, chirurgicaux, familiaux des donneurs sont passés au crible.
      Ils ont failli me rejeter parce que ma sœur a des tendances dépressives, c’est pour dire. »

      En vertu de cette sélection, l’accès au dossier médical au moment du don est inutile: il est réputé irréprochable. Lever l’anonymat pour ceux qui le souhaitent permettrait d’éviter de réclamer une mise à jour « tout au long de la vie » du dossier médical de ce donneur -ce qui bafouerait son intimité. La question pourrait donc lui être posée directement, tout simplement, si nécessaire, ou de la faire poser par un organisme intermédiaire dédié, type CNAOP. Ce type de relation ne saurait être taxé de tentative de se trouver un ancrage symbolique… A moins d’imaginer que les personnes ainsi conçues recherchent quelqu’un pour leur donner le biberon, ou les mettre en pyjama le soir.

      Nous sommes d’accord que les couples PMA d’aujourd’hui dans une grande proportion, n’ont aucune intention de mentir à leurs enfants. Toutefois, l’anonymat comme secret d’État empêche la réponse concrète que chacun se pose un jour sur ses origines, en imposant des euphémismes aussi poétiques que les choux et les roses, du type « graine de gentil donneur X », ou encore « le désir de tes parents » (et d’autres moins poétiques, de personnes ignorantes, malheureusement nombreuses: « c’est comme si tu venais d’un adultère »).

      Enfin, je remarque que vous ne relevez pas ma phrase sur la passion des Français pour leur généalogie. Toute personne qui s’adonne à ce loisir, dont vous êtes peut-être, vivra « nécessairement mal », une fois adulte, que le gouvernement lui cache une partie de ses origines. L’État a réparé l’injustice faite aux Nés sous X et autres adoptés en levant le secret des origines. Il finira par reconnaître aussi ce droit aux origines aux personnes PMA, qui n’ont pas à porter comme un fardeau le drame et le deuil d’hérédité vécu par leurs parents.
      Et ce sera justice.

      • J’ai écrit sur mon blog que le deuil de son hérédité peut ou peut NE PAS être difficile à faire : cela dépend des personnes et de leur histoire personnelle. Dans tous les cas, il me semble absolument NECESSAIRE de le faire, c’est une attitude adulte que tout le monde devrait faire (y compris les gens fertiles qui sont obsédés par l’idée de se retrouver physiquement dans les traits de leurs enfants).
        Vous ne pouvez brandir la souffrance pour réfléchir à une question socio-politique (même si c’est très à la mode en ce moment) : il faut savoir mettre de côté ses affects et trouver la meilleure solution possible pour toutes les parties prenantes de l’histoire, en sachant qu’il n’y a aucune solution sans contrepartie négative (ce serait très naïf de le croire).
        Vous ne pensez pas au droit des tiers donneurs à ne pas entrer dans un système qui ne leur garantira pas l’anonymat (à partir du moment où on peut le lever pour certains, juridiquement, il sera très difficile de faire admettre qu’on ne doit pas le lever pour tous). Or c’est grâce aux tiers donneurs que le système du don de gamètes existe. Sans eux, rien de possible. Je serais pour ma part prête à donner nos embryons surnuméraires, mais pas si notre anonymat n’est pas strictement garanti, à la base, et sans avoir besoin de m’interroger dans x années si je veux envoyer ou non une porte dans la figure d’un adulte avec qui je n’ai aucune histoire commune.
        Vous continuez de mélanger des choses très différentes (adoption/don de gamètes) ce qui brouille votre approche du problème. Vous surinvestissez les gênes et vous continuez à superposer ordre génétique et ordre symbolique comme en témoigne votre référence à l’arbre généalogique.
        Bref, je ne prétends pas vous convaincre et ce sera mon dernier message ici, mais je tenais à faire entendre un autre son de cloche que celui des militants de la levée de l’anonymat qui sont loin de représenter l’ensemble des familles concernées par le don de gamètes.

    • Pardon de rappeler une évidence: à la base de tout deuil se trouve une souffrance en besoin d’apaisement, une blessure en attente de cicatrisation; votre concept du ‘deuil facile’ est un doux oxymore, mais si vous en avez le secret, tant mieux.
      Et puisque vous ne sauriez tolérer qu’on évoque une autre souffrance que la vôtre, il ne me pose aucun problème de remplacer le mot ‘souffrance’ par celui d’ indignation, celle qu’expriment des personnes conçues par PMA à l’endroit de ce système qui les ignore totalement. Il y a une indignation saine à vouloir faire appliquer et respecter les droits de l’Homme en France.

      Apparemment, vous préférez un système injuste envers les plus faibles (ceux à naitre, donc absents des négociations tripartites), plutôt qu’aucun système du tout. Chacun s’arrange comme il veut (peut) avec la morale quand elle est incompatible avec ses intérêts propres, et qui suis-je pour juger ?

      Mais encore, votre façon de traiter les fertiles d’ « obsédés » de la ressemblance physique témoigne d’un renversement du système de valeurs de notre société. Ainsi, préconiser le deuil pour les fertiles relève d’une volonté d’assujettir la norme aux comportements d’une minorité marginale, et suggère que chez vous, ce fameux travail de deuil de l’hérédité n’est sans doute pas achevé -ce qui vous regarde. Pour ma part, je ne « surinvestis » pas plus, ni moins les gènes que vous: la PMA, imitation au plus près du modèle génétique traditionnel, permet d’avoir « le plus de nous deux possible » dans notre bébé, et ça nous arrange bien.

      Oui, je militerai pour la reconnaissance des droits de l’Homme, n’en déplaise à « l’ensemble des familles concernées par le don de gamètes ». D’ailleurs, je ne pense pas que vous puissiez parler en leur nom à toutes.
      Merci de votre attention,

  4. Je veux bien croire que ça faciliterait certaines choses, mais il faut rappeler que les antécédents médicaux, chirurgicaux, familiaux des donneurs sont passés au crible.
    Ils ont failli me rejeter parce que ma soeur a des tendances dépressives, c’est pour dire.
    Et puis le caryotype fait, j’imagine, bien le tour de ce qui pourrait être sous-jacent.

    Alors, comme disait Marred’attendre, j’ai plutôt l’impression que c’est une recherche de filiation.

    Et les donneurs, pour la majorité je pense, ne veulent absolument aucune filiation avec le possible fruit de leur don.

    • C’est clair que n’est pas donneur « n’importe qui » !
      J’ai une amie, en parfaite santé, qui m’a dit avoir dû renoncer à donner ses ovocytes tellement le processus lui avait semblé long et compliqué.
      Mais en même temps, c’est plutôt vraiment rassurant !

  5. Mes 3 enfants sont issus du don et jamais ni mon mari ni moi meme ne serions favorables à la levée de l’anonymat. Cela doit rester un geste altruiste, anonyme, comme le don de n’importe quel organe…

    • Coucou Nat.
      Je me demande juste dans quelle mesure il ne serait pas inutile de pouvoir juste donner ce droit à l’enfant (cette possibilité), si (et seulement si), il en exprimait un jour le besoin, l’envie (à partir de sa majorité, par exemple).
      Pourquoi le priver de ce droit d’accès à son patrimoine génétique ? De toute façon, si tout se passe bien (je nous fais suffisamment confiance pour cela si un jour, le miracle se produisait aussi pour nous), l’enfant n’aura aucune raison d’en savoir davantage sur ses origines génétiques (je ne parle pas d’origine biologique car l’enfant est l’enfant de ses parents !).
      C’est un sujet vaste et délicat.
      Et puis, de toute façon, la loi en RT est exactement la même qu’en France donc je me demande même pourquoi j’en parle 😉
      Au fait, es-tu la Nat de la rencontre du 2 mars 2013 (que je n’ai pas vue car partie plus tôt) ?

    • Chère Nat, Ce geste altruiste don vous parlez, ce ne sont pas vos enfants qui l’ont souhaité. Ils n’ont rien demandé, n’ont pas eu leur mot à dire sur les modalités de ce geste, et n’ont pas forcé le donneur à donner. Vous et votre époux avez reçu en don des gamètes, en accord avec le donneur et le corps médical. Mais vos enfants, sans rien avoir demandé, eux, ce n’est pas du sperme ou des ovocytes qu’ils ont reçu. C’est plutôt une moitié d’ADN qui constitue leur apparence extérieure; c’est aussi une origine géographique, et des antécédents médicaux. Cela n’a rien à voir avec un don d’organe pour survivre, qu’on reçoit uniquement après avoir donné son accord. A la base, cette histoire de couple est singulière et belle; elle se transforme en belle histoire de famille. Dommage que l’État et le corps médical dans cette belle histoire, prennent encore les enfants pour les dindons de la farce en les traitant comme des demi-citoyens. Encore plus dommage que les parents approuvent.
      Le geste de donner peut cesser d’être anonyme sans cesser d’être altruiste; car un don par définition est toujours altruiste.

  6. Merci Miranda !!!
    J’ai 27ans et mon père est stérile, j’ai été conçue à l’aide du sperme d’un donneur anonyme. Je sais donc de quoi il s’agit et à 27ans je suis assez grande et mature pour vous dire que j’aimerai en savoir plus sur ce fameux donneur !! D’autant qu’il ne faut pas l’oublier certains donneurs sont pour la levée de l’anonymat, certains parents aussi, des personnes issues de don aussi bien sûr, il n’y a que les CECOS qui sont totalement contre donc ce serait sympa de ne pas décider à la place des autres … et surtout de poser la question aux donneurs !! C’est ce que demande l’association PMAnonyme (pmanonyme.asso.fr) justement : qu’on demande aux personnes concernées au lieu de décider à leur place ! Et que leur avis soit pris en compte et respecté, c’est à dire respecter aussi ceux qui sont contre la levée d’anonymat. Ca paraît juste logique …

    • Chère M,
      Merci pour votre message que je découvre après de longues semaines. J’en profite pour saluer Lutine, car son blog permet décidément l’échange en bonne intelligence entre les différentes parties concernées par la PMA.

      Actuellement le problème selon moi est que l’Etat s’est totalement reposé sur les CECOS pour arbitrer ce débat sur l’anonymat. Un manque d’intérêt sans doute, de courage peut-être, mais surtout une atteinte grave à l’équilibre du débat car les CECOS occupent cette position confortable d’être à la fois juges et parties…

      En effet, les CECOS sont perçus comme des sauveurs pour les uns, des forces aveugles et totalitaires pour les autres, mais si on se place de leur point de vue, on comprend qu’ils ne font après tout que défendre leur gagne-pain. Or, on leur demande à eux de rendre un avis sur l’anonymat, qui est un pilier du fonctionnement de la PMA. Autant leur demander s’ils ont envie de scier la branche sur laquelle ils sont assis, ou de tuer la poule aux œufs d’or !

      Ceci est d’autant plus absurde que leur avis fait finalement autorité pour le gouvernement (il n’y a qu’à voir comment les avis du Comité Consultatif d’Ethique, qui se prononce en défaveur de l’anonymat depuis des années, sont superbement ignorés par les gouvernements successifs).

      Depuis leur création des CECOS en 1994, et même avant (vous en êtes une preuve) les gynécologues et autres médecins concernés par la PMA ont navigué à vue, dans l’illégalité et le secret d’abord. Puis, ils ont convaincu les pouvoirs publics de légaliser ce type de procréation, au nom du progrès. Rappelons nous le contexte : cette génération de médecins qui ont « fait 68 » et pensé que tout était possible, qu’il était interdit d’interdire, qu’il fallait abolir les tabous.

      Alors, selon l’expression consacrée, ils ont joué aux apprentis sorciers, et ont voulu appliquer à leurs concitoyens ce qui se pratiquait déjà sur les animaux d’élevage (les premiers travaux de PMA sont des recherches vétérinaires, sur l’amélioration des races de vaches notamment). De l’autre coté, des couples en détresse étaient prêts à faire beaucoup de concessions, pourvu qu’on leur permette de devenir parents « comme les autres ».

      Ce qu’on ne dit pas, c’est la difficulté qu’ont eus ces couples à assumer sur le long terme leur geste. Beaucoup ont divorcé et parfois le secret imposé au départ par les médecins PMA explosait à la figure des familles dans ces moments de crise douloureux pour tout le monde.

      On parle peu encore aujourd’hui, de la difficulté pour tous ces pères adoptants de s’assumer comme pères d’enfants qu’ils n’avaient pas conçus. Surtout dans notre contexte culturel, qui associe étroitement virilité et fertilité. Etonnement, ces médecins des CECOS qui prétendaient abolir les tabous n’ont rien fait pour déconstruire celui-là… Les personnes stériles, hommes ou femmes, ont été livrées à elles-mêmes une fois l’enfant né. Sans soutien psychologique jusqu’à peu. Les enfants encore moins. Et en attendant, beaucoup ont trinqué.

      Rien non plus sur les parents qui ont maltraité, abusé leur(s) enfant(s) PMA. La question devra se poser un jour, celle de la responsabilité du médecin qui a permis la naissance d’un enfant dans un foyer infanticide ou violeur.

      Et puis, chez les personnes conçues par PMA, il y la difficulté de se construire une filiation symbolique comme l’évoquait @marredattendre sur plus haut sur cette même page (29 septembre 2014):

      « – l’ordre symbolique: toute filiation est symbolique, que l’enfant soit conçu ou non par le biais d’un don. Les apports de la psychologie ont montré que les parents d’un enfant sont ceux qui le bercent, le veillent, l’aident à grandir, lui apportent de l’affection. »

      Et on pourrait ajouter : qui lui expliquent qu’il/elle a été conçue par pma ! Combien de petits qui ont pensé que s’ils sont frileux c’est probablement parcequ’ils ont été congelés avant d’intégrer le ventre de leur mère ? Combien qui s’imaginent qu’ils sont plus vieux que leur âge réel car ils ont passé des années au congélateur, s’expliquant ainsi leur sensation de décalage en compagnie de gens de leur âge ?.. Combien qui s’interrogent sur leurs tâches de rousseur, grains de beauté, tâche de naissance, pied grec, nez retroussé, etc…

      Combien se représentent le donneur/ la donneuse tel un personnage de conte de fées, comme ceux qu’on leur raconte le soir pour s’endormir… Ou imaginent à l’inverse quelqu’un de proche, un/une collègue de papa ou maman, car il/elle est déjà venu aider pour un déménagement, parcequ’il/elle a un air de ressemblance…

      Combien s’imaginent que leurs parents ont dû faire beaucoup « l’amour », puisqu’ils avouent avec une certaine émotion qu’ils ont eus « du mal à t ‘avoir »… Et combien sont persuadés que leur don pour les langues étrangères à l’école vient du fait que la donneuse est étrangère !

      Toutes ces hypothèses peuvent prêter à sourire et pourtant c’est une réalité : la symbolique est une façon d’appréhender la vie, la construction de soi au quotidien dans la vie d’un enfant. Cette symbolique va modeler le caractère de l’enfant tout au long de sa croissance, et va continuer de le constituer durant sa vie adulte. En ce sens on peut comprendre combien le lien entre la personne conçue par pma et son parent biologique existe tout autant par la symbolique que la génétique.

      C’est ainsi, par la symbolique, que le parent biologique fait intégralement partie de la vie de la personne pma –dans une certaine mesure comme un parent absent à cause de son décès, d’un divorce houleux, ou encore d’une absence prolongée (je pense aux enfants de militaires).

      Dans ce contexte, l’anonymat n’est autre qu’un « secret » de famille déguisé en raison d’Etat.

      C’est pourquoi je continue de penser qu’il est une entrave toxique à l’épanouissement de chacun, n’en déplaise à ceux conçus comme vous par pma et qui sont trop inquiets de froisser leurs parents pour reconnaître les méfaits de l’anonymat. D’ailleurs, à ceux-là on peut très bien comprendre leur réaction : qui aurait le courage de dire tout haut que son père biologique à son importance, alors qu’on devine que cette parole va être une souffrance pour son propre père stérile ?!

      Or, en maintenant l’anonymat on continue de reconnaître implicitement qu’il n’y a pas de place pour les deux, le parent stérile et le parent biologique ; que l’un prend nécessairement la place de l’autre. Ceci est un facteur de violence pour le parent adoptant, qui malgré l’état civil, et la vie quotidienne passée auprès de l’enfant, doit accepter cette idée qu’il est l’usurpateur du donneur. Qu’il le remplace. Et tout cela pour quoi ?

      – Pas pour le confort psychologique du parent et/ou du couple adoptant, qui finalement en souffre beaucoup plus qu’on ne veut bien souvent l’avouer dans le débat actuel (ce serait un aveu d’échec de la méthode CECOS, et ça c’est tabou aussi)

      – Pas pour le confort de la personne conçue par pma, qui voit bafoués ses droits fondamentaux à connaître ses origines, pour se construire dans l’équilibre.

      Cherchez l’erreur…
      Alors oui, la mentalité CECOS est un blocage aujourd’hui tant que l’Etat continue de leur reconnaître une autorité morale supérieure dans ce débat, au dessus même du comité d’éthique et des droits de l’Homme. Il faut œuvrer pour rééquilibrer les parties du débat en cessant d’accepter que les CECOS soient juges et parties. Les « enfants » peuvent bien sûr militer contre l’anonymat, mais les « parents », c’est à dire les clients des CECOS, peuvent aussi les soutenir. D’ailleurs, n’est ce pas le rôle essentiel de tout parent ? soutenir ses enfants et faire ce qui est bon pour qu’ils puissent voler de leurs propres ailes sans entraves ?

      Encore merci pour votre témoignage chère M,
      Bien à vous toutes

      • Merci pour votre réponse ! C’est si joliment écrit ! J’espère que cela permettra à d’autres de se rendre un peu plus compte de l’ampleur des choses.

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