Irène Théry reçue par Laure Adler dans Hors-Champs sur France Culture + article de La Marseillaise

A l’heure où on entend un peu tout et n’importe quoi sur la PMA, la GPA, le mariage pour tous…, je vous invite encore et toujours à écouter Irène Théry, essentiellement à partir de la 29ème/30ème minute…

Ca se passe ici.

Et un article du journal « La Marseillaise » d’hier à lire ici ou ci-dessous :

Irène Théry a présidé le groupe de travail qui a remis en avril dernier un rapport au gouvernement traitant de la PMA, de la GPA, de la filiation, de l’accès aux origines… Photo Patrick Di Domenico L’utilisation de l’article, la reproduction, la diffusion est interdite – LMRS – (c) Copyright Journal La Marseillaise

Sociologue, directrice d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, Irène Théry est l’auteur du rapport « Filiations, origines, parentalité ».

La sociologue et directrice d’études au centre marseillais de l’EHESS tenait une conférence hier sur les thèmes abordés par le rapport « Filiations, origine, parentalité » qu’elle a remis au gouvernement en avril dernier. Elle rééditera l’exercice la semaine prochaine* à l’invitation de l’Idep. Pour La Marseillaise, elle éclaire les termes des débats de société d’une brûlante actualité.

Dans votre conférence vous évoquez « l’enjeu des valeurs ». Un mot surtout manié par les tenants d’une vision réactionnaire de la famille. Quel sens y mettez-vous ?

Notre rapport est sous-titré « Le droit face aux nouvelles valeurs de responsabilité générationnelle ». Les conservateurs s’arrogent le monopole des valeurs. La défense de la famille, c’est eux. Les valeurs, c’est eux. Mais la gauche a cessé d’abandonner la famille aux conservateurs. Aujourd’hui elle soutient la famille contemporaine, valorise sa diversité, avec le souci premier des inégalités immenses entre familles riches et pauvres. Contrairement à ce que dit la Manif pour tous, on peut analyser les grandes évolutions de la famille par l’affirmation de nouvelles valeurs. En premier lieu, l’égalité entre les sexes qui s’oppose au modèle de famille traditionnelle fondée sur la complémentarité hiérarchique entre l’époux et l’épouse, le père et la mère. Aujourd’hui la famille est co-dirigée. En second lieu, l’égalité entre les sexualités liée au changement de regard porté sur l’homosexualité qui est passée de l’état de perversion, de péché mortel, puis de pathologie à celui d’orientation sexuelle comme une autre.

Enfin, les nouvelles valeurs qui font évoluer la famille résident dans le progrès de l’attention portée à la personne de l’enfant et l’importance donnée à la filiation, inconditionnelle et indissoluble.

Votre rapport préconisait l’ouverture de la Procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples de femmes. Il n’a pas été suivi d’effet. Diriez-vous qu’il s’agit d’un recul des progressistes sur le terrain des valeurs ?

Cela relève surtout d’une méconnaissance du sujet. Au fond les politiques n’ont jamais pris ces questions de société au sérieux. Au moment du débat sur le mariage pour tous -un changement important dans une institution comme le mariage- je n’ai pas vu le politique s’élever à la hauteur du sujet avant le grand discours de Mme Taubira.

C’est le modèle français de procréation médicalement assistée qui pose problème. Il repose sur un mensonge en droit, une forme de « ni vu ni connu » qui cherche à biologiser la filiation d’un enfant né grâce à un don de sperme, d’ovocyte ou d’embryon. Et fait passer par exemple un père touché par une infertilité pour le père biologique de l’enfant. Au fond, on met en accusation les seuls couples qui ne sont jamais tentés de mentir sur l’origine de leur enfant : les couples de femmes qui expliquent simplement l’aide apportée par un « gentil monsieur qui a donné sa petite graine » pour permettre une naissance.

 » Je suis heurtée par les discours conservateurs
qui comparent les enfants à des animaux de compagnie,
les femmes à des fours… « 

La question de la Gestation pour autrui (GPA) interdite pour les couples hétérosexuels comme homosexuels divise profondément les progressistes, une partie d’entre eux dénonçant une marchandisation du corps de la femme. Ce n’est pas votre point de vue, pourquoi ?

Il faut distinguer deux débats. Il y a d’abord le clivage entre ceux qui considèrent comme Sylviane Agacinski ou Marie-Jo Bonnet que toutes les GPA sont une forme d’esclavagisme et ceux qui estiment qu’il peut exister une GPA éthique. De la même manière qu’on ne peut mettre sur le même plan le trafic d’enfants et l’adoption internationale éthique. Le deuxième clivage existe au sein de ceux qui peuvent envisager une GPA éthique. Certains disent qu’on ne peut pas la garantir dans tous les cas et qu’il faut donc s’abstenir, d’autres considèrent que des pays autour de nous la pratiquent et disent « tentons la ».

Ces débats méritent de la sérénité, du respect. Dans le groupe de travail que j’animais, la moitié était favorable à la GPA l’autre non mais chacun s’écoutait. Je suis très heureuse que la cour européenne des droits de l’Homme ait cité de larges passages de notre rapport dans l’arrêt rendu sur les enfants nés de GPA à l’étranger. Ces enfants existent, leur filiation doit être reconnue. Je suis heurtée par les discours conservateurs qui comparent les enfants à des animaux de compagnie, les femmes à des fours… La GPA est interdite pour tous les couples et ne sera légalisée que le jour où une majorité de Français jugera que c’est une bonne chose.

Quels sont vos arguments pour l’accès aux origines des enfants adoptés ou nés de PMA ?

On a longtemps confondu deux choses : l’accès aux origines et la recherche de filiation. En reprochant de faire primer le biologique sur l’engagement aux jeunes qui veulent savoir d’où ils viennent, on répond à côté. Ils le disent eux-mêmes : « Nous avons des parents, nous n’en voulons pas d’autres, mais ça nous importe de savoir de qui nous sommes nés. » Cette demande a rencontré un grand mépris de la part de certains parlementaires. Il ne s’agit pas de transparence imposée mais simplement de permettre à des jeunes majeurs de ne pas se voir refuser l’accès à leur propre dossier par l’État ou une administration. Les expériences anglaises ou suédoises montrent que les arguments sur la chute des dons de gamètes sont fallacieux.

La notion de genre a beaucoup été utilisée pour affoler l’opinion. De quoi s’agit-il au juste ?

Il n’y a pas de théorie du genre mais des études de genre très diverses qui portent sur la distinction sociale masculin-féminin dans sa dimension hiérarchique, inégalitaire. En réalité, les conservateurs ont surtout affolé sur l’indifférenciation des sexes. L’idée que dans la filiation, il y aurait un parent 1 et un parent 2. C’est un pur fantasme. Les parents homosexuels sont sexués, il peut y avoir deux pères ou deux mères mais pas d’indifférenciation. Quant à l’absence de référence féminine ou masculine pour un enfant, c’est là encore un fantasme. Il suffit de voir une photo de mariage gay pour y voir les grands-mères, les grands-pères, les oncles, les cousines qui entoureront comme dans toutes les familles les enfants dans leur développement.

Entretien réalisé par Léo Purguette

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11 réflexions sur “Irène Théry reçue par Laure Adler dans Hors-Champs sur France Culture + article de La Marseillaise

  1. Merci pour le partage, très intéressant. On peut se poser beaucoup de questions concernant la recherche des origines des jeunes issus d’une pma dont l’un des deux parents n’est pas à l’origine biologique. Idem pour un enfant adopté et qui ne connaitrait pas ses parents biologiques. Savoir qu’on a été désiré, être aimé, se sentir en sécurité est une chose. Savoir d’où l’on vient en est une autre. Je me dis que certains seront peut-être en recherche et en manque toute leur vie d’adulte mais peut-être pas… Il y a beaucoup de « peut-être » dans mes phrases. 🙂

    • Dans notre cas (FIV avec don d’ovocytes), nous sommes les parents biologiques ! Il n’y a jamais eu une once de doute là-dessus.
      Il est question de l’accès aux origines génétiques.

      • oui je trouve aussi que dans les FIV DO, la mère est mère biologique car elle a porté son enfant (ou ses enfants ;-)). Elle a échangé son sang avec eux, les a nourri, leur a parlé etc…. C’est par son corps qu’ils grandissent et c’est elle qui donnera naissance. Le père a lui donné son patrimoine génétique. Je trouve ça une jolie création.
        Je considère l’ovocyte comme un gamète d’une donneuse autant les infos génétiques oui mais la lever de l’anonyma non. Pour moi c’est un don, un gamète, une cellule mais pas plus. Le début , l’origine génétique, c’est tout.

      • Oui Lulu, l’accès aux origines génétiques… « Nous avons des parents, nous n’en voulons pas d’autres, mais ça nous importe de savoir de qui nous sommes nés. » c’est ce qui m’interpelle le plus. J’ai entendu des femmes autour de moi qui ne pensait qu’à leur désir d’être mère sans penser à l’enfant avant tout. Quand je leur posais la question : « tu lui diras quoi quand il te demandera d’où il vient (biologiquement) ». Elles n’avaient jamais pensé à cette question. A moi, cela pose question, que dire à l’enfant qui désire savoir ? Pas facile comme sujet, heureusement qu’il y a des gens admirables qui y réfléchissent sérieusement comme Irène Théry 🙂

      • Tous les couples que je connais qui sont passés par le don (et j’en connais un sacré paquet !) sont pour la levée du secret, aucun souci là-dessus, mais pas forcément pour la levée de l’anonymat du donneur de gamètes -sujet complexe-…

  2. entendu alors que nous étions en Espagne, le hasard des ondes peut être car nous étions loin de la frontière, quelques centaines de kilomètres. On captait france culture sur les hauteurs et une radio espagnole dans les plaines. Fin du reportage à notre lieu d’arrivée de la journée. Etonnant.
    Par contre on a pas tout entendu évidemment!
    Va falloir que j’écoute plus…
    En allant au boulot en podcast demain, ce serait une bonne idée

  3. C’est un bien bel entretien engagé. Sur la question de la levée de l’anonymat, je crois qu’elle se place surtout du côté des enfants, qui souvent se posent des questions sur leurs origines génétiques. Le souci c’est que dans notre société, il y a le culte du gène. On cherche toujours des ressemblances entre un parent et son petit. On compare les photos d’enfance, etc… On devrait évoluer sur cette question!! Malheureusement, ça n’est pas gagné et en attendant, les enfants se posent des questions. Que faire? Laisser la liberté de choisir ou interdire? C’est compliqué… Avant de l’avoir lue, j’étais totalement opposée à la levée de l’anonymat. Maintenant, je suis moins catégorique. Par contre, l’inscription sur l’état civil me dérange énormément !!

    • Comme toi, avant de l’avoir lue et écoutée, j’étais contre la levée de l’anonymat… Et j’ai changé d’avis…
      Et moi aussi, l’inscription à l’état cicil me dérange…

  4. Merci infiniment de votre gentillesse et de votre intérêt pour mon travail ! On en parle ensemble quand vous voulez. Et si je peux vous être utile, n’hésitez pas. Nous tenons, mes collègues et moi, un séminaire a l’EHESS Paris sur la PMA tous les deuxième mardi du mois de 15 à 17h, au 105 boulevard Raspail, les auditrices et auditeurs libres sont acceptés sur simple demande motivée envoyée a mon adresse mail. Amitiés a vous et bravo pour votre blog,
    Irène

    • Très chère Irène Théry,
      C’est avec étonnement et une joie assez indescriptible que je découvre votre commentaire.
      Je vous suis et lis depuis un certain temps déjà… et suis si admirative de votre travail !
      Vous n’imaginez pas à quel point vos écrits, interventions et prises de position m’ont aidée et guidée dans mon cheminement et ma réflexion durant mon parcours d’AMP.
      Un GRAND merci à vous pour votre proposition. Ce serait un honneur de vous rencontrer et c’est avec plaisir que je me permettrai de revenir vers vous très prochainement.
      Avec toute ma gratitude.

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