« Avoir un enfant : je pensais que ce serait facile mais… » de Véronique Aupy

Et voici une nouvelle parution.

C’est le témoignage de Véronique qui, à 27 ans, découvre son/leur infertilité, une infertilité idiopathique.

Après 10 ans d’essai et 12 tentatives de PMA, à 37 ans, elle vit une 1ère grossesse spontanée… puis une 2ème… mettant de côté leur projet d’adoption.

Elle y aborde la souffrance psychologique et les traces que laissent un tel parcours.

« Ce livre est un point final à cette histoire, même si je reste très concernée par la stérilité »

« J’évoque cette difficulté de vivre normalement. Pendant que les autres avançaient, moi, je stagnais »

« L’arrivée des enfants ne gomme pas tout. De ces dix ans de souffrance, il reste des cicatrices »

Pour en savoir plus, ça se passe ici.

Arrêt de grossesse

Je ne sais pas par où commencer ni comment expliquer le drame qui m’est arrivé en décembre dernier, lorsqu’à 9 semaines d’aménorrhée, j’apprenais mon arrêt de grossesse. Quand j’en parle, j’ai toujours le sentiment de ne pas trouver les mots justes pour faire part de ce que j’ai vécu.

Alors je vais faire simple. Je suis tombée sur un mail que j’avais envoyé à l’époque à la famille, quelques jours après les expulsions, soit une petite semaine après l’annonce de mon arrêt de grossesse.

En voici le copier-coller. Il donne une idée de ce que j’ai pu ressentir, même si, je le répète, j’ai toujours l’impression que les mots ne sont pas assez forts de sens pour exprimer ce que j’ai ressenti et ressens encore aujourd’hui.

c’est le coeur arraché que je vous écris. je suis complètement vidée. nous avons vécu un cauchemar.

je suis désolée de « dire » tout cela par mail mais je ne me sens pas encore capable d’en parler tellement la douleur est vive. c’est important aussi pour nous que vous sachiez… pour mieux comprendre.

l’annonce de la terrible nouvelle jeudi dernier alors que je m’apprêtais à faire ma 3ème écho, m’a littéralement effondrée. comme je le disais à XX et à XX (mes beaux-parents), le seul moment où la possibilité d’une fausse-couche ou d’un arrêt de grossesse ne m’avait pas traversé l’esprit, c’était bien à ce moment-là. j’y allais avec tellement de hâte : hâte d’entendre à nouveau son petit coeur battre, mais cette fois, un peu plus rapidement, hâte de découvrir comme il avait grandi… mais il y a eu l’annonce de l’arrêt cardiaque de mon embryon, qui était censé être sur le point de devenir foetus… l’annonce aussi, à ce moment-même, de l’existence d’un 2ème embryon qui n’était pas visible jusque là (une autre fécondation plus tardive d’un autre oeuf, dans un sac différent, sans doute due à la stimulation ovarienne).

comment accepter de ne plus entendre de battements de coeur alors que 2 semaines auparavant, lors de la 2ème écho, je les avais entendus ? j’ai accepté, pas le choix.

alors que j’étais dans l’attente d’un curetage sous anesthésie générale (au moins, je ne verrai ni n’entendrai rien, me disais-je…), le pire est arrivé : dans la nuit de dimanche à lundi, j’ai expulsé mes 2 embryons. je n’ai jamais ressenti une douleur physique (je ne parle même pas de la douleur morale) aussi forte. sans calmant, ni rien, ils sont partis, en 2 fois, l’un après l’autre… ça a commencé à 00h30, puis à nouveau à 06h30. j’ai failli y passer : baisse de tension, nausées, tête qui tourne, baisse de l’audition… je suis passée par toutes les couleurs et cette douleur au bas ventre que je ne saurai décrire tellement elle fut insupportable.

XX (mon homme), à mes côtés, a assisté à ce cauchemar, m’a épaulée comme il le pouvait… complètement impuissant. il n’y avait pas grand chose à faire. il fallait que ça sorte. on aurait dû me prévenir de la douleur. j’en veux à l’équipe médicale de la maternité XX qui aurait dû anticiper sur la possibilité d’une éventuelle « expulsion » naturelle avant curetage programmé (le lendemain des expulsions, soit environ 2h après la dernière expulsion). jamais j’aurais cru ça possible. c’est comme si on m’avait planté le ventre à coups de couteaux.

le lundi matin, on retourne aux urgences gynécologiques pour le curetage et là, à l’écho de contrôle, on me dit que tout a été évacué et que j’avais fait le « travail » toute seule, qu’il n’y a donc plus besoin de curetage, ni de nettoyage.

je me dis que, sans doute, il fallait que je les sente partir… le pire pour moi c’est d’avoir tout vu.

hier, je me suis occupée des démarches (annulation de l’inscription à la maternité, annulation des différents rdv : écho à la mater + rdv avec la sage-femme…). c’est aussi compliqué d’annuler tous ces rdv que de les obtenir. il faut être patient en ligne…

je suis vidée. j’avais, encore hier, l’impression que jamais je ne me remettrai de cette épreuve… mais là, je me dis que c’est possible, qu’il le faudra. je me connais, je suis forte et je n’ai pas le choix que de tourner la page.

XX (mon homme) est là pour me réconforter. je compte énormément sur lui. j’ai beaucoup de chance de l’avoir à mes côtés. j’ai aussi la chance d’être très bien entourée. je sais que je peux compter sur ma famille et mes amis. ma mère, particulièrement, ne m’a pas quittée depuis ce drame.

j’ai refusé l’arrêt de travail qui m’a été proposé. je refuse de m’écrouler car malgré tout, j’ai vécu les 2 plus beaux mois de ma vie lorsque j’étais enceinte. mon ventre s’était même arrondi, déjà !

nous sommes encore pleins d’espoir même si nous comptons bien faire une pause dans ce parcours…

merci à tous pour vos messages, mails, appels. merci aussi de vous être déplacés et d’être venus jusqu’à nous. nous avons besoin de vous pour avancer.

je vous embrasse.